07/08/2026
Un menu gagne à être ennuyeux
Notre console d'administration comptait vingt-sept entrées réparties en six pôles. Ce n'était pas déraisonnable. Elle donnait pourtant l'impression d'être encombrée, et on mettait deux fois trop de temps à y retrouver certaines pages.
La demande initiale était simple : « je ne comprends pas pourquoi telle chose est là ». C'est souvent le meilleur point de départ, parce que ça oblige à formuler une règle qu'on n'avait jamais écrite.
Deux natures de choses
En listant les entrées, une distinction est apparue. Certaines sont des lieux : la messagerie, la facturation, la liste des sites. On y va parce qu'on veut y être, et on y reste un moment.
D'autres sont des satellites d'un lieu : les avis récoltés sur le site d'un client, son rapport mensuel, sa charte graphique. Celles-là ne se consultent jamais dans l'absolu. On les ouvre toujours pour un client précis, et presque toujours parce qu'on était déjà en train de regarder ce client.
Les satellites étaient rangés au même niveau que le lieu dont ils dépendent. C'est ce qui gonflait la section la plus longue, et c'est surtout ce qui rendait la navigation contre-intuitive : on cherchait « les avis de ce client » dans un endroit qui listait tous les avis de tous les clients.
Un client devient un endroit
La correction n'a pas consisté à raccourcir le menu, mais à donner une adresse à ce qui n'en avait pas. Un site est maintenant un lieu avec ses onglets : son aperçu, son éditeur, son studio, sa charte graphique, ses avis, son rapport.
Effet de bord bienvenu : l'écran de conception visuelle d'un site, sur lequel nous avions passé beaucoup de temps, n'était accessible que depuis un bouton enfoui dans l'éditeur. Il était donc trouvable uniquement par ceux qui savaient déjà qu'il existait — c'est-à-dire nous. Il est maintenant à un onglet.
Les vues qui portent réellement sur plusieurs sites — comparer un mois d'un client à l'autre, poser une charte sur douze sites — existent toujours. Elles ont simplement migré au-dessus de la liste des sites, là où elles ont un sens. Elles restent trouvables au clavier : sortir une page d'un menu ne doit pas la sortir du produit.
Ce qui bougeait tout seul
Notre barre latérale affichait un bloc « récemment visité », mis à jour à chaque changement de page. L'intention était bonne. À l'usage, elle produisait l'inverse de ce qu'elle promettait.
D'abord parce qu'elle répétait des entrées déjà visibles quelques lignes plus haut. Ensuite et surtout parce qu'elle bougeait : la position d'un lien ne voulait plus rien dire, donc on relisait le menu au lieu de viser. Or c'est précisément ce qu'un bon menu évite. Sa valeur ne vient pas de son contenu mais de sa stabilité — de ce qu'on finit par cliquer sans lire.
Un menu gagne à être ennuyeux. Nous avons retiré le bloc et gardé les épingles, qui sont un choix délibéré et qui, elles, ne bougent pas.
Le grief qui n'en était pas un
Un quatrième reproche visait un écran jugé « inutile » : celui qui permet de modifier les textes de notre propre site vitrine. Nous étions certains du contraire — l'écran est branché, ce qu'il enregistre est bien ce que le public voit.
Nous avons quand même regardé. Il l'était, mais à une condition que rien n'annonçait : tant que la base est vide, le site retombe silencieusement sur les textes écrits dans le code. On ouvrait l'écran, on voyait du vide, on modifiait, et rien ne changeait visiblement. Le bouton censé récupérer les textes existants était le seul remède — et il ne fonctionnait pas.
Il ne fonctionnait pas parce qu'un contrôle de validation réclamait une information que l'écran envoie séparément. Chaque enregistrement était rejeté par une erreur que personne n'attrapait, donc jamais affichée. Le seul bouton de la page échouait en silence, sur deux onglets sur quatre, depuis sa mise en ligne.
C'est la leçon que nous retenons de cette journée. « Ça ne sert à rien » est rarement un jugement sur la valeur d'une fonctionnalité. C'est presque toujours le compte-rendu exact d'une expérience : quelqu'un a essayé, il ne s'est rien passé, et personne ne lui a dit pourquoi.
